Quiconque a observé des enfants se rend vite compte que ceux-ci, souvent, jouent en imitant des activités d'adultes : on joue à la dînette, on joue à la poupée, etc...., chose que des entrepreneurs ont d'ailleurs tellement bien compris qu'ils ont ouvert un parc d'attractions (appelé Wannado City) pour enfant, qui est tout simplement un monde d'adulte en miniature, avec une monnaie, et où l'on peut être policier, boulanger, etc....
Et lorsqu'ils deviennent adultes, leur comportement ne change pas trop : on oberve toujours ces réflexes d'imitation.
Prenons l'exemple des libéraux et d'Alternative Libérale.
1 - Le non évènement :
La récente décision d'Edouard Fillias a déclenché une tempête, comme si c'était l'évènement le plus structurant et le plus grave qu'ait jamais eu à subir les libéraux. Je trouve que la découverte du passé de fondateur d'Occident de Madelin par le grand public (que tous mes amis et collègues me citent lorsque je parle de lui) est autrement plus dommageable et porteur de difficultés à long terme (d'image, j'entends). Le soutien de certains libéraux à Pinochet, que tous ceux qui sont intéressés par la politique connaissent, l'est également. Que les attaques quotidiennes de toutes les forces antilibérales, sur tout les fronts, tous les sujets, sont bien plus dommageable pour le libéralisme et les libéraux.
D'ici un an ou deux, plus personne, y compris Bayrou, ne se souviendra de ce non-évènement. Alors en faire une trahison..... Je dis ici que les libéraux jouent à la dînette, parce qu'ils font de la politique comme les grands, s'emballent sur des évènements négligeables et sans portée, mais à clivage fort. Personne ne sait qui est Fillias, personne ne sait qu'il a rallié Bayrou, et tout le monde s'en tape, il va falloir qu'on s'en rende compte. Demain, on pourra recommencer une autre campagne d'AL, je suis pratiquement sûr que le ralliement de Fillias sera évoqué un jour ou deux, en une ligne, et puis basta. Voir notamment le tag Technorati
Edouard Fillias, qui montre que hormis la journée du ralliement à l'UDF, la mention du nom d'Edouard sur un blog est quasiment égale à zéro billet par jour, là où le petit
Nicolas S. engrange entre 500 et 1000 billets par jour, presse quotidienne et TV inclus.
2 - Le scandale à deux balles :Ensuite, passée cette tempête, si j'ose dire, on a scruté, ici ou là, les réactions d'Edouard, et une second tempête s'est levée, justifiant même
un article de l'ami Aristophane, qui a en général la plume plus sélective sur l'importance d'un sujet à traiter. Tenez-vous bien, il s'agit du fait que Edouard aurait traité quelqu'un de "goret". Et l'on a vu fleurir ici ou là des extraits de la prose d'Edouard, s'en prenant à un membre d'AL, ce qui m'a bien sûr fait penser à cette fameuse vidéo de Youtube où Ségolène R. avait renvoyé dans les cordes méchamment une militante PS lui ayant apparemment posé une question déplaisante.
Et à ce sujet, notons qu'il existe tout de même des libéraux qui ont du recul:
Franchement, cette histoire de "goret" est ridicule.
Qu'on critique la stratégie d'EF ou qu'on s'interroge sur le vrai sens de ses choix, c'est une chose, mais essayer de l'enterrer avec ça est vraiment très bas. Il est évident en lisant la phrase en question (et le contexte en lisant le reste) qu'il n'y a aucun scandale là-dedans: "Tu te défoules comme un goret". A ce train là, on pourrait démolir une bonne partie des participants de ce forum pour leur comportement bien plus rude envers autrui à maintes occasions.
Ca n'est pas parce qu'on peut désapprouver pour telle ou telle raison l'orientation d'AL, de ses dirigeants, etc., que tout est bon pour attaquer quelqu'un. D'ailleurs, il suffit de parcourir les X fils sur AL pour voir qu'il y a beaucoup de gens qui se défoulent. Faut-il rappeler que la réaction de quelqu'un pourrait être jugée en fonction de ce à quoi il réagit? Peut-être que la réaction d'EF était faible par rapport au comportement de son interlocuteur. Peut-être pas. Quoi qu'il en soit, il est clair que la question ne se pose pas pour qui a vu qu'il y avait une cible facile à abattre sur un forum (compte tenu des réactions au soutien à Bayrou).
Au passage, ces méthodes ne font pas spécialement avancer la question stratégique sous-jacente à ces événements.
On remarquera que cet illustre inconnu qui se reconnaîtra fait partie de cette minorité agissante, étant un contributeur exceptionnel d'un institut bien connu des libéraux, au lieu de faire partie de cette innombrable liste de personnes accoudées au comptoir du Bar du Libéralisme, et qui passent leur temps à deviser comme des grandes personnes sur des forums à propos de ce que untel fait à Alternative Libérale, un autre fait ou dit chez Liberté Chérie, etc... C'est peut-être de là d'où vient son recul : il ne s'intéresse qu'à des sujets majeurs.
Ca me rappele d'ailleurs cette petite histoire sans importance, qui m'est arrivé sur un forum. M'étant adressé à une personne en écrivant "y'a pas à tortiller du cul", expression française signifiant "y'a pas à tergiverser", celle-ci s'est empressée de dénoncer ces propos comme une insulte à son égard, aussi stupéfiant que cela puisse paraître.3 - Chacun ses icônes :Et enfin, j'en parlais récemment avec mon ami Walter autour d'un verre, l'affaire Battisti. Non seulement les libéraux en parlent, ce qui est déjà trop en soi puisqu'en plus on s'en tape complètement de ce mec...
Mais en plus, certains se sont même créés un Battisti libéral, en la personne de Claude Duviau (
et là je cite encore l'ami Aristophane). Les courants politiques aiment bien se crééer des icônes de la société civile, que ce soit Mummia Abu Jamal, ou Battisti, ou d'autres encore : des inconnus ou des criminels deviennent du jour au lendemain des stars, parce que leurs actes ou leur attitude collent avec les préjugés d'un groupe d'idées.
4 - Qu'en conclure ?
Hé bien que les libéraux sont très mal barrés en France. Non pas parce que Fillias a soutenu Bayrou, ou que AL a une mauvaise stratégie. Mais parce que les libéraux ou les libertariens ne s'engageront jamais dans un parti, et qu'ils resteront à regarder les autres bosser. Le libéral est individualiste, mais certainement aussi un peu paresseux, je m'inclus dedans...