Je suis en train d'achever la lecture du dernier bouquin de Jacques Attali,
Une brève histoire de l'avenir. On trouvera ici une interview de l'auteur. Il s'agit essentiellement de prospective : il retrace les évolutions du monde sur les 150 000 dernières années, en zoomant bien évidemment sur les 10 derniers millénaires, en tire des grandes leçons et des concepts clés, puis il se lance dans un exercice de prévision.
En bon livre d'intellectuel français, on y trouve bien trop souvent des clichés et approximations (notamment la réification du marché, qui ressemble plus à une personne agissante, dans ce livre, à ce que cette notion recouvre vraiment), des confusions. Ce que j'ai trouvé de plus stupéfiant dans ce livre, c'est qu'il imagine, que la prochaine étape du monde, qu'il nomme assez bizarrement "l'hyperempire", verra la disparition des Etats au profit du marché.
Voici quelques morceaux choisis de l'interview que je cite ci-dessus :
[..]dans vingt à trente ans au plus, un repli des Etats-Unis sur eux-mêmes; puis un univers polycentrique, avec une dizaine de nations dominantes; puis, vers 2050, un monde sans Etats, marché mondial chaotique et flamboyant, que je nomme l' «hyperempire», suivi par un conflit puis, si l'humanité survit, par une démocratie mondiale.
Ces trois étapes (nous sommes dans la première, selon lui) verront donc l'avènement d'une démocratie mondiale.
Demain, les industries de l'assurance et de la distraction domineront, grâce aux technologies de l'information, allant jusqu'aux nanotechnologies, qui serviront aussi à développer la surveillance et l'autosurveillance.[..] autosurveiller sa santé, son environnement, c'est bien. C'est pourquoi cette évolution sera acceptée. Mais cette autosurveillance conduira à un désir de conformité à la norme, forme de discipline dans un monde sans maître visible. C'est ainsi que tiendra l'hyperempire, conduisant de la liberté à une dictature de la servitude volontaire.(sic)
Ici, Attali ne voit pas une nuance de taille entre l'Etat et ces sociétés d'assurance : la coercition. Les systèmes d'auto-surveillance promus par des assurances existent déjà, cependant les assureurs les considérent pour le moment comme des "plus", et non pas comme des obligations : une personne qui accepte d'être transparente vis-à-vis de l'assureur voit sa prime diminuer par exemple.....
J'espère bien en faire un compte-rendu de lecture un de ces jours.
Libellés : intellectuel français, prospective